Le Nil, cette longue artère de vie qui est toujours demeurée creusée dans l'âme des Egyptiens. Ceux-ci se sont toujours identifiés au fleuve mythique, y voyant la source de vie, d'espoir, voire de trait d'union entre le passé, le présent et l'avenir. Sur ses rives, ils ont organisé leur vie. Un petit tour en bateau révèle cet attachement au Nil. L'histoire aussi ancienne soit-elle manifeste une vénération, un amour sacro-saint et une adoration pour le fleuve tant idolâtré.
Chaque année, le mois d'août est spécial pour les Egyptiens. Il est marqué vers sa moitié, notamment le 15 août par la fête de "Wafaa Al-Nil" ou "La fidélité du Nil". Dans l'Egypte antique, Akhet (ou Akhit) désignait la première saison du calendrier nilotique (basé sur la crue du Nil). Cette saison correspond à la période d'inondations et se déroule du 19 juillet au 15 novembre. En Egypte antique, le jour de l’an était le premier jour du calendrier, soit le premier jour du premier mois de la saison d’inondation des cultures par le Nil : le « I Akhet 1 ».
Ce jour correspondait symboliquement à la crue du Nil, même si ce ne fut pas toujours le cas, car le calendrier de l'Egypte antique est un calendrier vague (de 365 jours, sans années bissextiles) qui se décalait lentement par rapport aux saisons. Ainsi, cette date portait en elle une forte connotation de renouveau bénéfique, la crue du Nil étant vitale pour les Égyptiens car elle déposait sur les cultures du limon, permettant ainsi de bonnes récoltes, lit-on dans Youm7.com. Le jour de l’an était également l’occasion de faire des offrandes aux défunts et aux dieux, surtout à Rê, dont le jour de naissance était censé être le jour de l’An. De même, une procession de vases remplis de « l’eau nouvelle » du Nil avait lieu du fleuve jusqu’aux temples. Dans les temples, on procédait à des rites d’illuminations, et on en profitait également pour les reconsacrer aux dieux.
En effet, les Egyptiens dans le passé, célébraient cette occasion avec beaucoup de joie. Chaque année, ils consacraient des journées entières pour les vénérer. Achraf Bouchra, guide touristique, a assuré à Youm7.com : "De nos jours, nous n'avons pas gardé beaucoup de formes des célébrations d'antan. Les gens parlent souvent du fait de jeter la "belle du Nil" dans l'eau. Beaucoup de personnes pensent que les Pharaons jetaient dans les eaux une vraie femme. Ce qui n'est pas vrai du tout. C'est juste une légende, et n'a rien à voir avec les vérités historiques. L'Egyptien antique était un homme civilisé, la civilisation pharaonique vénérait la femme. Tout ce qui était dit autour de cette légende n'est pas vrai".
Et Achraf Bouchra de renchérir : "Ces célébrations sont marquées sur les murs des temples dans la Vallée des Rois, gouvernorat de Louxor. Les Anciens Egyptiens jetaient à l'eau une poupée, ils tenaient des soirées et des célébrations à bord des bateaux. Ils marchaient le long du Nil dans le cadre de célébrations bruyantes. Y participaient toutes les composantes de la société, de même que des chars militaires. Ils présentaient alors des offrandes au dieu Hâpy, divinité incarnant le Nil. Les Egyptiens gardaient toujours l'espoir que le niveau du Nil augmente l'année suivante, l'eau était utilisée pour l'agriculture et l'irrigation des terres. Toute atteinte au Nil était un crime majeur et le Nil ressemblait pour eux à une énorme parure de diamants qui scintillait sous l'effet des rayons du soleil et de la lune".
"Chaque année, le Nil débordait de son lit pour fertiliser les rives asséchées par le climat aride de l'Egypte. Le limon qu'il transportait rendait possible leur culture. Symbole de ces crues annuelles, Hâpy, avait un rôle prépondérant dans la vie des Égyptiens de l'antiquité : du niveau de ces crues dépendait la survie de ce peuple, qui était aussi bien touché par des crues trop faibles (qui asséchaient les cultures) que par les débordements excessifs de ces flots qui provoquaient de grandes inondations. Selon la légende, Hâpy vivait dans deux lieux cachés. Le premier se situait sous la première cataracte du Nil, près d'Éléphantine. De là, il versait le contenu de deux jarres pour faire monter les eaux de Haute-Égypte. L'autre lieu était situé en Basse-Égypte près de Memphis, et servait à approvisionner le Delta en eau féconde. Les Égyptiens attribuaient à Hâpy la force vitale du Nil qui provenait en fait du limon noir qu'il transporte qui fertilisait les rives du fleuve et apportait sa richesse à l'Égypte. Il est également, par extension, le symbole de la prospérité et de la fécondité", a ajouté le guide touristique.
Entre la fidélité du Nil, sa vénération, et les mesures actuelles entreprises à l'époque des inondations, le ministère de l'Irrigation entreprend une série de mesures annuelles pour se préparer à la période des crues. L'ingénieur Hussein Galal, président de l'Organisme du Haut-Barrage et du Réservoir d'Assouan, a parlé du séjour de l'Ethiopie au lac Nasser, indiquant que les eaux des inondations se composent de deux sources : à 80% du Nil bleu en Ethiopie et 20% du lac Victoria en Tanzanie, peut-on lire dans Youm7.com.
En effet, le Haut comité de suivi du débit du Nil s'était réuni afin de gérer la crue du fleuve cette année et suivre l'état des pluies qui s'abattent sur le Nil Bleu, en présence des responsables du ministère, a déclaré le ministre de l'Irrigation et des Ressources hydriques, Mohamed Abdel Aaty. Le Haut comité s'est penché sur les observations, heure par heure, des stations hydrométriques installées en amont du Nil montrant une hausse notoire du débit enregistré par ces stations, cette année. Il est encore prématuré de définir le volume de la crue du Nil cette année mais les indicateurs sur l'état des pluies et le niveau d'écoulement de l'eau, jusqu'à présent, dans le fleuve et ses ramifications laissent prévoir une hausse au dessus de la moyenne.
Dès les temps les plus anciens, on a exercé un certain contrôle des crues. On suréleva les rives du fleuve et creusa des canaux pour canaliser l'eau dans la vallée. On prenait de grandes précautions pour prévenir les inondations excessives, mais il s'en produisait parfois, ce qui causait des dégâts et entraînait des pertes de vie. La vallée n'a cependant plus connu d'inondations depuis la construction du Barrage d'Assouan. Ce dernier a été construit en 1902, et porté soixante ans plus tard à sa hauteur actuelle, selon le site https://www.historymuseum.ca/cmc/exhibitions/civil/egypt/egcgeo3f.html.
Les crues du Nil rendaient la mince bande de terre de chaque côté du fleuve extrêmement fertile. La majorité de la population paysanne pratiquait une agriculture intensive. Après la décrue, on commençait à labourer à l'aide de charrues primitives en bois et à semer.
Comme il pleut rarement en Égypte, les crues constituaient la seule source d'humidité pour les cultures. Des canaux d'irrigation servaient à contrôler l'eau, particulièrement en temps de sécheresse. Les principales cultures à l'époque pharaonique étaient l'orge, l'amidonnier (un blé grossier), la lentille, le haricot, le concombre, le poireau, l'oignon, la datte, la figue et le raisin. L'abondance de fleurs fournissait aux abeilles le nectar nécessaire à la production du miel, que les Égyptiens traitaient. On cultivait le lin pour faire de la toile, et on récoltait le papyrus, dont on faisait du papier, des cordes, des nattes, des sandales et des embarcations légères.
On faisait l'élevage de divers animaux domestiques : bestiaux, bœufs, moutons, chèvres, cochons, canards et oies, entre autres. L'âne et le cheval arrivèrent d'Asie vers 1600 av. J.-C., et le chameau fut introduit beaucoup plus tard. À l'époque des premiers pharaons, le chameau était inconnu. Le Nil était la grande voie qui reliait les diverses parties du pays. Jusqu'au XIXe siècle, les déplacements par voie de terre étaient pratiquement inconnus. Comme il n'y a pas de forêts en Égypte, le bois était importé du Liban. Le bois d'acacia était utilisé en Basse-Nubie pour construire les bateaux qui transportaient le granit servant à l'édification des Pyramides. La felouque, une petite embarcation à voile non pontée, était le moyen de transport des personnes et des biens le plus courant sur le Nil.
Bref, l’histoire de l’Égypte tout entière, et plus particulièrement du delta, est fondée sur la maîtrise de trois atouts : l’eau, la fertilité des sols et sa position de carrefour commercial entre l’Orient, l’Afrique et l’Occident. Pour valoriser la richesse alluviale et hydraulique du delta et de la vallée du Nil et permettre l’établissement de populations nombreuses, de lourds travaux ont dû être entrepris. De tout temps, les gouvernements de l’Egypte ont dû affronter les caprices du fleuve, contrôler la crue, la canaliser ou l’étendre jusqu’aux marges du Delta. Pour rendre hommage au fleuve, ils ont toujours célébré avec la plus grande joie la fidélité du Nil.